Politique
En quoi l’absence d'un Libre Arbitre ontologique a des conséquences en politique ?
Quelques propos liminaires en forme de point Godwin concernant l’Histoire et la Politique : peut-on réellement soutenir que la majorité d’un peuple « civilisé » va soutenir et mettre
au pouvoir un Hitler avec des « valeurs » très précisément détaillées dans « Mein Kampf », du fait d’un pseudo-Libre Arbitre de la majorité des allemands pointant dans la même
direction mortifère ? Après ce que nous avons vu concernant la sociologie, comment ne pas mettre en cause les déterminants de l’époque, dont un antisémitisme banalisé avec le succès
populaire des « Protocoles des Sages de Sion » (faux document prétendant révéler un complot juif pour dominer le monde), un désir de revanche
après la débâcle de 1918 et
les
conséquences économiques désastreuses pour le pays (inflation...) ?
Aucun « Homme Providentiel » ne peut s’ériger causa sui et « faire » l’Histoire s’il n’existe pas un terreau constitué de déterminants
culturels et socio-économiques favorables. De ce
point de vue, les analyses de Marx et Engels dans le cadre du matérialisme historique gardent toute leur pertinence : les hommes font leur propre histoire, mais ne la font pas
arbitrairement dans des conditions « choisies librement » par eux (pas de LA), mais dans des conditions données et héritées du passé (moyens de production / lutte des classes / choix
économiques...). Tout ceci sans intervention surnaturelle, donc sans Libre Arbitre ontologique. Il faudrait d’ailleurs une fois pour toute faire la distinction entre marxisme et
stalinisme : les écrits de Marx sont littéralement aux antipodes du totalitarisme bureaucratique pratiqué dans la plupart des sociétés qualifiées de communistes1> . Comme
l’écrit
l’historien Moishe Postone, il nous faut maintenant bâtir « une puissante théorie sociale critique du monde contemporain ».
Il existe deux camps politiques relevant des deux conceptions du monde :
-
L’une spiritualiste (idéaliste) avec un Libre Arbitre ontologique dominant toute action humaine (= libertarisme), voire seulement une partie car il convient tout de même de tenir
compte
de quelques déterminants (= compatibilisme, position la plus partagée actuellement). Ce camp considère que chacun peut «
réussir », que chacun est « coupable » de ne pas
faire
ce
qu’il faut pour s’en sortir à la force de son poignet et de son Libre Arbitre. La méritocratie et le talent légitiment ainsi les inégalités maintenant les non
méritants,
les
sans-talent et les sans-grade dans leur piteux état. Cette sentence généralisée du « quand on veut, on peut » laisse sans voix la plupart
des citoyens qui sont même capables
d’intérioriser cette injonction inepte sans en voir la subtile pérennisation des inégalités autrefois légitimées par le droit divin. Par ce subterfuge, et en dehors de la droite
classique qui adhère de tout cœur à cette conception pour conserver ses avantages, des citoyens sincèrement de gauche (modérée)... sont en fait de droite sans le savoir.
-
L’autre conception politique est naturaliste (matérialiste), avec refus d’un LA ontologique en l’absence de preuve, tout en acceptant la sensation de liberté de la volonté en
tant que faculté sélectionnée par l’évolution afin d’agir sur le monde pour la survie du groupe et de l’individu. Ce naturalisme scientifique (matérialiste) propose une base solide
pour la réflexion politique. Si l’Humain ne peut faire que ce qu’il fait de par ses déterminations diverses, s’il n’est que responsable - et non coupable - de ce qu’il est, les
concepts de « mérite » et de « talent » ne signifient rien. Ils ne sont que les conséquences du chaos déterministe et l’on ne peut contrôler quelque chose que parce que l’on
possède les déterminants qui permettent ce contrôle. Par exemple, notre évolution culturelle philosophique nous a récemment conduit à créer des assurances diverses, des politiques
sociales etc. dans le but d’amortir les heurs et malheurs de l’Humain broyés par le chaos. Personne ne peut se hisser seul hors de l’eau simplement en se tirant par les cheveux
(Nietzche). Dans ce paradigme naturaliste, les inégalités, tant financières que culturelles, doivent être drastiquement combattues en visant une équité de traitement et non une
simple égalité qui de toute façon n’est pas atteignable. Les paradis fiscaux et autres fourberies néolibérales (niches fiscales...) devraient être supprimés. Les revenus et
héritages devraient être taxés de telle manière que personne ne « gagne » plus de 10 fois (simple exemple à débattre) ce que gagne son voisin. Des refontes démocratiques en
profondeur sont également nécessaires afin de retrouver une vitalité citoyenne actuellement en perdition (% de votants / méfiance envers des « élites » et leurs promesses
électorales qu’ils savent ne pas pouvoir tenir etc.). C’est aussi la recherche d’un humanisme et d’une spiritualité avec respect de l’Autre et des droits humains ; une tolérance
améliorée sans perdre de vue les règles que la société se donne pour maintenir une cohésion nécessaire. Bref, une gauche ... de gauche radicale ; un retour aux racines
naturalistes.
1
« Le marxisme est-il encore pertinent aujourd’hui ? » - https://www.erudit.org/fr/revues/rs/2004-v45-n2-rs835/009650ar/
Ci-dessous quelques réflexions complémentaires (environ 30 minutes de lecture).