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L’autre vision philosophique du monde - « spiritualiste » (idéaliste) - suppose l’existence d’entités surnaturelles (divinités, conscience « cosmique »...) et/ou des « essences » ontologiques, métaphysiques (morale, libre arbitre...) : hypothèse fort peu probable - de l’ordre de la foi - qui nécessiterait des preuves extraordinaires pour démontrer l’existence d’un surnaturel quelconque ou d’un « vitalisme » transcendant caché dans les replis de la matière. Jusqu’à maintenant, aucune preuve n’a été proposée du côté d’une éventuelle « surnature » ou d’une dualité corps/âme, et ce paradigme n’a permis aucune connaissance universelle. Si les croyances spirituelles, qui sont de l’ordre de l’intime, doivent être absolument respectées, elles ne doivent pas s’imposer à tous. Comme on ne devrait pas faire d'une opinion non étayée un fait, ne reste que l’hypothèse matérialiste indémontrable (au même titre que l’option spiritualiste), mais partout à l’œuvre, sous toutes les latitudes, en tout temps, seule conception soutenue par toutes nos connaissances acquises.

La thèse principale de l'ouvrage vient ici : dans l’objectif de nous « rassembler » - sans devoir nous « ressembler » pour autant - dans une vision universaliste qui devient plus que nécessaire dans le cadre d’une mondialisation inévitable, le matérialisme (naturalisme) est la seule intersection (plus grand commun diviseur) acceptable par tous, que l’on croit au surnaturel ou pas, que l’on soit agnostique, athée ou religieux. Tout cela ne serait que discussions de salon si les conséquences du choix entre ces deux visions du monde n’étaient qu’accessoires.

En conséquence, si l'on veut bien suivre ce fil de la position matérialiste/naturaliste, l’action humaine est totalement déterminée du fait de la nécessité des lois naturelles, au même titre que le reste de l’univers. La sensation de Libre Arbitre (liberté de la volonté) - universellement perçue par l’Humain - ne peut être qu’une fonction dans le cadre de l’évolution en présentant un avantage adaptatif important, au même titre que la sensation amoureuse au service de la reproduction, ou la sensation d’immortalité qui a d’ailleurs tendance malheureusement à diminuer avec l’âge. Un cupidon décochant ses flèches ou une immortalité « réelle » n’existent pas plus du point de vue du naturalisme scientifique qu’un Libre Arbitre « réel » ontologique. La croyance en une fée des dents pourrait conduire à se laver les dents tous les jours, de sorte que cette croyance constituerait finalement un avantage adaptatif non négligeable... sans en conclure pour autant que la fée des dents existe réellement. En conséquence, la liberté de la volonté (libre arbitre « réel ») ne peut être qu’une illusion faisant partie de notre « carte mentale » qui ne tient pas compte du « territoire » tel que décrit par la science et la raison, car un Libre Arbitre « réel » surplombant nos décisions est tout à fait incompatible avec les lois naturelles. Dès lors, chacun ne peut faire que ce qu’il fait ; et n’aurait pas pu faire autrement. La volonté et les choix existent bien, mais ils sont tenus totalement par nos déterminants ancestraux personnels à la fois génétiques et environnementaux dans un processus stochastique (probabiliste). Parfois avancé, l’argument de l’indéterminisme quantique ne résout rien puisqu’un Libre Arbitre « réel » conscient - autre que la simple sensation que l’on a - ne peut pas consister en un lancer de dés : ce serait le hasard qui « déciderait » à notre place. Ce hasard ne sauverait en rien un Libre Arbitre « réel » qui se veut conscient, alors que toutes les découvertes en psychologie, sciences cognitives et neurosciences nous montrent que l’inconscient est en amont de notre volonté et de nos décisions.

Dans la vision matérialiste / naturaliste, les options morales de notre justice actuelles doivent être drastiquement modifiées en se fondant sur la raison plutôt que sur un pseudo-Libre Arbitre et des affects qui nous conduisent à la vengeance, l’injustice, les inégalités et le chaos social. Pour ce faire, il est nécessaire de séparer la responsabilité civile (préjudice - sans infraction pénale - envers une victime, nécessitant réparation par des dommages-intérêts) de la responsabilité pénale (dommage intentionnel - avec infraction pénale - envers la société, entraînant une punition). C’est plus particulièrement dans ce dernier cas (pénal) que l’on parle de culpabilité car le sujet « aurait pu faire autrement que mal », ce qui ne saurait exister puisque l’on ne peut faire autrement que ce que l’on fait dans un paradigme matérialiste. En conséquence, si la culpabilité n’a pas de sens : plus de remords, ni haine, ni punitions, ni violence1 , ni talent qui devient une fiction, ni mérite au sens d’une « méritocratie » justifiant les inégalités de traitement entre les humains. Ce qui n’empêche pas de mettre à l’écart de sa vie personnelle ou de la société ceux dont les actions délétères menacent la survie de l’individu ou du groupe. Cette mise à l’écart, plus ou moins coercitive selon les situations, doit se faire dans des conditions respectueuses d’un humain qui ne pouvait pas faire autrement, ce qui est loin d’être le cas actuellement, même dans nos sociétés les plus avancées.

Au-delà, les interactions personnelles (jugement des autres), sociales et politiques doivent être revisitées car il existe une ligne de partage entre un matérialisme sans Libre Arbitre "réel" et un spiritualisme avec un pseudo-Libre Arbitre "réel".

Si dans sa grande sagesse, notre laïcité permet à chacun de croire en ce qui lui convient, elle précise qu’aucune croyance ne doit s’imposer au fonctionnement de la société, ce qui implique une impartialité et une neutralité de l'État à l'égard des confessions religieuses comme de toute conviction surnaturelle. Toute aussi surnaturelle que les croyances religieuses, la croyance dans un Libre Arbitre métaphysique « réel » devrait être écartée de nos institutions civiles de la même manière que la foi ou toute autre hypothèse faisant appel à une quelconque transcendance.

De plus, loin de mettre en danger des valeurs légitimes, le paradigme matérialiste / naturaliste - où la volonté existe mais reste tout autant déterminée / indéterminée (mécanique quantique) que le reste de l’univers - nous invite à un humanisme plus fondamental en termes de respect et d’équité, où la punition au sens de « vouloir faire mal » en se vengeant individuellement ou collectivement n’a plus de légitimité et doit faire place à des droits fondamentaux plus affirmés, dans le respect de l’Autre. Ce qui implique également de favoriser drastiquement l’éducation et les soins portés par des « choix » individuels, sociétaux, politiques et économiques très différents, et surtout mieux fondés. Dans le cadre d’une mondialisation inéluctable (malgré quelques soubresauts inévitables), une réflexion concernant un socle philosophique de valeurs universelles semble indispensable, à la condition de respecter les différences culturelles compatibles et veiller à ce que les droits de tous soient protégés. L’évolution culturelle humaine va devoir en passer un jour par cette (r)évolution...

...car les faits sont têtus !

1 Excepté en cas de légitime défense